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Des sentiments
Chauve et traqué, pourtant fragile, il est presque comme un
jeune garçon. C'est l'impression que donne son crâne rasé. Ses
yeux tristes et doux se terminent par des cils démesurés, son
regard étonné est celui d'un enfant. Mais derrière cette
apparence bouillonne la lave. José-Luis Sultán, danseur et
chorégraphe, est actuellement à Mannheim, pour chorégraphier
avec Philippe Talard le "Chant du Cygne", au Théâtre
National.
L'histoire de ses origines est en elle-même une aventure.
Sultán est issu d'une famille hispano-juive qui après
l'expulsion des Séfarades s'est réfugiée en Syrie. Son nom
exprime la reconnaissance des siens après l'intervention
secourable d'un sultan turc. Du Proche-Orient, sa famille a
continué son périple jusqu'en Argentine où José-Luis est né.
Il a d'abord étudié, puis il a entrepris son tour du Monde,
en tant que danseur, du Brésil jusqu'à Paris où il s'est
établi, en passant par Barcelone. Entre-temps il a dansé pour
Kresnik, a collaboré avec Ismaël Ivo et a pu chorégraphier des
remarquables programmes de soli, inspirés de la danse Butoh, et
de danses rituelles.
Pour Sultán, la danse est une religion à travers laquelle il
ne s'intéresse non pas à la lumière mais aux ténèbres et à
l'anatomie des affres de la répression. Pourtant, je suis certain
qu'il y a la lumière à la sortie du tunnel, dit-il.
De par son expérience physique et mentale en tant que danseur,
il se sent à présent mûr pour travailler en tant que
chorégraphe, avec d'autres danseurs, et à partager ses propres
expériences.
Encore et toujours il parle de cauchemars, d'une image,
peut-être, des toutes premières sensations de la vie. Pour
alimenter cette recherche, il faut ôter une à une les couches de
la culture et de la civilisation. Les danseurs de Mannheim ont pu
expérimenter cela au cours des premières répétitions. Ils
poursuivent un programme de déstabilisation partielle, très
fort, presque comme le décapage de leurs propres sentiments. Cela
paraît énorme. Pour Sultán, ce genre de travail est une
alchimie, une expérimentation brute comme dans l'utérus, il
consiste à rechercher le premier sentiment, à ne pas jouer les
sentiments.
Knut Wache
(traduit et adapté par Alain
Bassi)
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